L’avenir du journalisme en question à Tunis

« L’avenir du journalisme à l’heure du numérique », tel sera le thème du 30e congrès de la FIJ qui se tiendra à Tunis (Tunisie) du 11 au 14 juin 2019.

Le sujet est d’autant plus pertinent qu’il fait écho à celui de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui fête ses 100 ans cette année autour de « L’avenir du travail ».

Mais cet avenir est-il si radieux dans la presse numérique ? A en croire les dernières nouvelles, on peut largement en douter. Les difficultés financières, la chute des revenus publicitaires et les coupes dans les effectifs ne sont plus l’apanage de la « vieille » presse papier. Depuis le début d’année, le groupe mondial BuzzFeed news a licencié plus de 300 journalistes; le HuffPost 10% de sa rédaction (une vingtaine de personnes); et le magazine de contre-culture Vice s’est séparé de 250 rédacteurs !

Les syndicats, qui peinent encore à s’imposer dans les rédactions en ligne, ont un vrai rôle à jouer, maintenant, pour envisager l’avenir du journalisme.

PLus d’informations : https://www.ifj.org/fr/salle-de-presse/nouvelles/detail/category/middle-east-arab-world/article/la-voix-de-la-fij-2019-edito.html

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Une convention pour renforcer la protection des journalistes

Dans de nombreux pays, des journalistes sont persécutés ou assassinés. Et dans les États démocratiques, comme la Suisse, ils subissent une violence sociale. Afin de mieux les protéger, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) présente mardi à Genève une convention auprès du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Depuis 1990, 2469 journalistes ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier, des centaines sont emprisonnés, dont beaucoup dans des conditions inhumaines, d’autres sont victimes de cyberattaques ou de harcèlement en ligne. C’est le constat tiré par Anthony Bellanger, secrétaire de la FIJ, qui rassemble 600’000 professionnels de 140 pays, dans un entretien accordé à swissinfo.ch.

La concentration des médias, les restructurations avec licenciements et les politiques antisociales de certains éditeurs menacent également la qualité et la pratique du journalisme. La Convention internationale sur la sécurité et l’indépendance des journalistes et autres professionnels des médias vise à mettre en place de nouveaux mécanismes pour relever ces défis.

swissinfo.ch: Pourquoi est-il, selon vous, nécessaire de promouvoir une nouvelle convention?

Anthony Bellanger: Nous constatons avec préoccupation que la situation des journalistes devient plus difficile avec le temps. Beaucoup ont été assassinés: 97 cas rien qu’en 2018. Beaucoup d’autres sont harcelés, menacés ou arrêtés. Aujourd’hui, plus de 400 collègues sont emprisonnés dans le monde, dont 160 en Turquie. En outre, comme le souligne l’article premier de notre proposition de convention, nous sommes soucieux d’améliorer la protection, tant dans les conflits armés que dans les pays en paix.

Dans des pays démocratiques aussi?

Oui, nous nous engageons à préserver l’exercice de la profession d’une manière libre et indépendante dans un environnement propice. Les États doivent jouer un rôle décisif à cet égard.

Anthony Bellanger
Le journaliste, historien et syndicaliste français Anthony Bellanger, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes.

(swissinfo.ch)

Comment un pays comme la Suisse devrait-il se positionner dans la perspective de la nouvelle convention?

La Suisse est l’un des pays où les journalistes peuvent travailler en toute sécurité et indépendance. Ils ne risquent pas d’être tués ou emprisonnés pour avoir enquêté ou critiqué le gouvernement. C’est le fruit d’une véritable tradition démocratique. Cependant, comme dans d’autres pays démocratiques, il peut y avoir des formes de violence sociale qui ne doivent pas être oubliées et il est important qu’elles soient observées.

A quoi faites-vous référence concrètement?

Je pense aux plans de licenciement qui ont exclu des centaines de journalistes de la profession, au risque d’une insécurité professionnelle, avec les répercussions que cela implique pour leurs familles également.

Ce fut le cas en 2018 à l’Agence Télégraphique Suisse (aujourd’hui Keystone-ATS) avec une réduction substantielle des effectifs. Ou encore le conflit qui a suivi la disparition de la version imprimée du journal Le Matin, avec 41 journalistes licenciés.

Sans parler du risque lié à l’initiative «No-Billag» de l’année dernière, qui aurait été un coup dur pour la radio et la télévision publiques en Suisse. Enfin, il est inquiétant de constater que, depuis plus d’une décennie, les journalistes des régions germanophones et italophones de Suisse n’ont pas de convention collective, ce qui affaiblit leurs conditions de travail.

Ce sont là quelques exemples de situations sociales violentes de la réalité suisse que la FIJ et ses organisations affiliées dénoncent et incluent dans cette proposition de convention internationale sur la sécurité et la protection des journalistes.

Lire aussi : ICI

Entretien par Sergio Ferrari

 

« Il est urgent maintenant que les Nations Unies prennent leur responsabilité »

94 morts. Les journalistes et les travailleurs des médias paient cette année encore un lourd tribut. Après trois années consécutives de baisse, la FIJ constate une hausse sensible de ces statistiques macabres qui restent toujours très élevées.

Il est urgent maintenant que les Nations Unies prennent leur responsabilité et adoptent la Convention pour la protection et la sécurité des journalistes, pour que cesse enfin l’impunité qui protège les assassins de journalistes.

Une fois encore, la FIJ a besoin de tous ses affiliés qui doivent faire pression sur leur gouvernement, leur ministère des Affaires étrangères, les seuls à pouvoir voter une décision historique à New York.

Avec 94 victimes en 2018, les meurtres de journalistes repartent à la hausse

Comme tous les ans depuis 1990, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) publie aujourd’hui sa liste de journalistes et de travailleurs des médias tués dans des incidents liés à l’exercice de leur fonction. En 2018, 94 ont perdu la vie. Après trois années de baisse, ce nouveau décompte marque une légère augmentation par rapport à l’année dernière, qui enregistrait 82 meurtres.

Dans sa 29e “liste des tués”, la FIJ indique cette année que le nombre de victimes de violences inclut 84 journalistes, caméramans, fixeurs et techniciens, morts lors d’exécutions ciblées, d’attaques à la bombe ou dans des échanges de tirs en zones de conflit. Dix autres travailleurs des médias, qui exerçaient en tant que conducteurs, agents de protection et pour l’un d’entre eux comme assistant commercial, ont également perdu la vie. On dénombre 6 femmes parmi les 94 victimes. Trois accidents du travail mortels ont également été recensés par la FIJ cette année.

La liste de la FIJ pour l’année 2018 dépeint une situation de crise continue en matière de sécurité pour le journalisme, crise soulignée par le cruel meurtre de Jamal Khashoggi,  chroniqueur au Washington Post et citoyen saoudien, tué au consulat saoudien d’Istanbul le 2 octobre. C’était la dernière d’une longue série d’attaques dévastatrices contre les travailleurs des médias, incluant notamment de nombreux attentats à la bombe qui ont transformé l’Afghanistan en zone meurtrière pour les journalistes sans oublier la violence du crime organisé au Mexique, qui vise toujours les journalistes.

“Ces actes de violence et ces meurtres ont brutalement mis fin à la courte diminution des meurtres de journalistes enregistrée ces trois dernières années” a déclaré Philippe Leruth, le président de la FIJ. “Une fois encore, la FIJ demande d’urgence aux Nations Unies d’adopter en assemblée générale la Convention pour la sécurité et la protection des journalistes, que la FIJ a présentée aux missions diplomatiques à New York en octobre dernier. Cette Convention, soutenue par la profession dans son entier, est une réponse concrète aux crimes commis contre les journalistes en toute impunité.”

Parmi les développements inquiétants, la liste compte cette année cinq journalistes et travailleurs des médias de Capital Gazette, un quotidien publié à Annapolis, capitale de l’état du Maryland aux Etats-Unis, tués par balles dans ce que la police appelle une “attaque délibérée”, par un individu mécontent d’avoir perdu dans un procès en diffamation contre le journal.

La liste de la FIJ pour l’année 2018 illustre que les conflits armés et les militants extrémistes sont responsables de la plupart des meurtres de journalistes dans des pays comme l’Afghanistan, la Syrie et le Yémen, tandis que l’on enregistre une forte baisse de la violence contre les journalistes en Irak ces dernières années, depuis que les groupes armés ont perdu du terrain dans le pays. Néanmoins, d’autres facteurs ont joué un rôle, tels que l’augmentation de l’intolérance envers les reportages indépendants, le populisme, la corruption endémique, les crimes ainsi que la  détérioration générale de l’ordre public qui a affecté des pays dans une période prétendue de paix comme l’Inde, le Pakistan et les Philippines.

Ces éléments montrent aussi que de plus en plus de journalistes sont tués pour avoir couvert le quotidien de leur communauté, de leur ville ou de leur pays, qui ne sont pas des zones de conflits à proprement parler.

“Ces terribles chiffres en augmentation rappellent aussi que la sécurité des journalistes restera un problème tant que les pays concernés par ces meurtres seront paralysées par la corruption et l’incompétence”, a ajouté Anthony Bellanger, le secrétaire général de la FIJ. “Les statistiques de la FIJ montrent une fois encore l’échec de ces institutions, incapables de faire respecter un des droits humains fondamentaux : la sécurité”.

Selon les chiffres de la FIJ pour l’année 2018, l’Asie-Pacifique recense le plus grand nombre de meurtres avec 32 journalistes et travailleurs des médias tués, suivie par les Amériques avec 27 meurtres, le Moyen-Orient et le Monde Arabe en enregistrant 20. L’Afrique arrive en quatrième position avec onzee meurtres, devant l’Europe comptabilisant quatre meurtres de journalistes.

Journalistes et travailleurs des médias tués en 2018 : voici les derniers chiffres de la FIJ :

Au 21 décembre 2018, la FIJ a enregistré les assassinats suivants :

  • Meurtres ciblés, attaques à la bombe et feux croisés lors de conflits : 94

  • Meurtres liés à des accidents et catastrophes naturelles : 3

  • Nombre total de morts : 97

Voici les pays où l’on recense le plus grand nombre de meurtres de journalistes et de travailleurs des médias sont :

Afghanistan  :16

Mexique        :11

Yémen          :9

Syrie        :8

Inde              :7

Pakistan       :5

États-Unis    :5

Somalie       :5

Philippines   :3

Équateur      :3

Brésil       :3

Colombie     :2

Palestine     :2

Guatemala  :2

Ce que peuvent les conseils de presse : quel recours contre les dérapages médiatiques ?

Diplo papier AB

 

CET ARTICLE A ETE PUBLIE DANS LE MONDE DIPLOMATIQUE DE DECEMBRE 2018

EXTRAIT :

Du chef de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon au ministère de la culture, l’idée de créer un conseil de déontologie de la presse fait son chemin dans le monde politique français. Ni tribunal ni ordre, cette instance d’autorégulation, qui existe dans une majorité de pays européens, promeut le droit des citoyens à une information de qualité, avec plus ou moins de pertinence selon sa composition et ses moyens.

Bye bye Belgium ! » Le 13 décembre 2006, à 20 heures, la Une annonce l’éclatement de la Belgique. Dans son fauteuil, le présentateur-vedette de la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF), Philippe Dutilleul, affirme, le regard grave, que la Flandre a déclaré unilatéralement son indépendance. Suivent des directs décrivant la désintégration du royaume fondé en 1830, avec des scènes de liesse à Anvers et des images de transports publics s’arrêtant désormais à une frontière gardée par des militaires. En duplex du palais royal, à Bruxelles, un journaliste raconte la fuite d’Albert II vers l’ancienne colonie de la République démocratique du Congo.

Le standard téléphonique de la RTBF est au bord de la rupture, et il faut attendre plus d’une demi-heure pour qu’un bandeau apparaisse au bas de l’écran : « Ceci est une fiction. » Dans les jours qui suivent, le pays est coupé en deux — réellement, cette fois. D’un côté, les partisans de l’humour ; de l’autre, ceux pour qui il n’est pas acceptable de tromper le public.

La suite du papier est à lire dans Le Monde Diplomatique du mois de décembre 2018 : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/BELLANGER/59317

 

Par Anthony Bellanger

Secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Créée en 1926 à Paris et installée à Bruxelles depuis 1952, la FIJ représente 600 000 journalistes dans 146 pays.

[Encadré] En France, un projet de conseil de presse controversé

diplo Une

 

CET ENCADRE A ETE PUBLIE DANS LE MONDE DIPLOMATIQUE DE DECEMBRE 2018

EXTRAIT :

Le projet de création d’un conseil de presse est revenu à l’ordre du jour en France à l’occasion d’une participation de M. Jean-Luc Mélenchon à « L’émission politique », le 30 novembre 2017. Le chef de La France insoumise a accusé les journalistes de France 2 d’avoir organisé un « traquenard médiatique » : « Ils ont abusé de leur autorité pour truquer des chiffres et mentir délibérément.(…) Auprès de qui se plaindre ? Où faire redresser la situation ? Quelle sanction faire appliquer pour dissuader de recommencer ? »,s’interrogeait-il sur son blog le 4 décembre suivant, avant de lancer une pétition « pour la création d’un conseil de déontologie du journalisme ».Ce texte avait recueilli plus de 190 000 signatures mi-novembre 2018.

« Fausse bonne idée »

En pleine affaire Alexandre Benalla. le 25 juillet dernier, le président de la République Emmanuel Macron a pris à partie des journalistes de BFM TV et de CNews : « Vous avez dit ces derniers jours beaucoup de bêtises sur soi-disant des salaires, des avantages. Tout cela était faux. » Le 9 octobre, quelques jours avant de quitter son poste, la ministre de la culture Françoise Nyssen annonçait à la tribune de l’Assemblée nationale avoir confié à l’ancien dirigeant de l’Agence France-Presse Emmanuel Hoog une mission en vue de la création d’un « conseil de déontologie de la presse ».

 

La suite du papier est à lire dans Le Monde Diplomatique du mois de décembre 2018 : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/BELLANGER/59316

 

Par Anthony Bellanger

Secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Créée en 1926 à Paris et installée à Bruxelles depuis 1952, la FIJ représente 600 000 journalistes dans 146 pays.