Story: Charlie-Hebdo, quand le dessinateur Luz croque la FIJ

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Légende : Paris, Bd Voltaire, dimanche 11 janvier 2015. Luz (Charlie Hebdo) discute avec David Larbre (SNJ), Anthony Bellanger (FIJ), Dominique Pradalié (SNJ) et Emmanuel Vire (SNJ-CGT).Photo Bernard Rondeau / Photosociale

Le coup d’envoi n’est pas encore donné que chacun sait déjà qu’il participe à un moment historique, sur le pavé parisien. La grande marche républicaine du dimanche 11 janvier à Paris restera dans les archives de nombreux européens. Notamment les militants qui ont souhaité faire le déplacement spécialement à Paris, en solidarité à toute une profession et à la liberté d’expression en général. 

Derrière la grande banderole unitaire FIJ, FEJ, SNJ, SNJ-CGT et CFDT, il suffisait de lire dans les yeux de l’italien Franco Siddi, Secrétaire général de la FNSI, qualifiant ce mouvement populaire à mesure que nous marchions vers « Nation » de « historico » ; ou encore de la Britannique Michelle Stanistreet, secrétaire générale de la NUJ, accostée de Seamus Douley, son confrère irlandais, brandissant fièrement leur carte de presse. Le même plaisir était partagé par les Belges Jean-Francois Dumont et Gaston Lecocq ou par le plus Parisien des Espagnols, Paco Audije.

Alors que tout le monde attend (impatiemment) le cortège des 50 chefs d’état et de gouvernement, on bavarde dans le « carré sécurisé ». Les critiques montent, à l’heure d’une unité dite internationale. Que font les ennemis de la liberté d’informer dans ce rassemblement aux côtés du Président français ? Pourquoi certains gouvernants qui musèlent les journalistes dans leur pays s’affichent-ils comme (nouveaux) défenseurs des principes fondamentaux des Droits de l’Homme ? Que sont venus apprendre à Paris Viktor Orban, le premier ministre hongrois, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Russie, ou encore cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane des Émirats Arabes Unis ?

« Ne jamais rien oublier »

Devant, les familles des victimes des attentats et la rédaction de Charlie Hebdo assistent à ce « spectacle » avec un goût parfois amer dans la bouche. Notamment le dessinateur Luz, l’une des figures – encore debout – de l’hebdomadaire satirique, qui observe le ballet de politiques français, ses cibles favorites.

Il reste à trois mètres de la banderole unitaire des journalistes et commence à croquer « ses » victimes du jour. « Je fais mon reportage, dit-il en souriant, les traits tirés, tentant de faire ce qu’il sait faire de mieux : dessiner. C’est difficile toute cette histoire, mais grâce à vous, journalistes, grâce à tous ceux qui sont partout, c’est plus facile, je dois l’admettre. C’est aussi grâce à vous qu’on a décidé de sortir un numéro mercredi. Finalement, à bien y réfléchir, cette journée est nécessaire. Pour nous tous d’abord, car on a pu tous se revoir; pour tous les lecteurs, et les non lecteurs, qui soutiennent cette liberté d’expression coûte que coûte. Oui, c’est vrai, malgré nous, on est un symbole. »

Il fait une pause, bouge sa carcasse longiligne, ajuste sa moustache et se remet à représenter les têtes des militants derrière la banderole. Avant d’ajouter : « Il faut quand même que tu saches : j’ai peur de ce qu’il va se passer après. Qu’est-ce qu’on va faire de cette émotion? De cette mobilisation? C’est quoi l’après? Tu le sais? »

« De la réflexion et de l’action, de la part de la FIJ et de ses syndicats français affiliés« , lui ai-je promis. « Oui, il faut qu’on garde le bénéfice de ce moment. Ne rien oublier. Ne jamais rien oublier. Je te laisse. Je dois finir mon reportage. » Luz est reparti. Crispé, sonné certes, mais souriant.

Anthony BELLANGER

Secrétaire Général Adjoint de la FIJ

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