Syrie. A la fin, c’est toujours le peuple qui trinque

 

Il n’y avait pas eu de mission de la FIJ depuis des années en Syrie. Durant quatre jours, avec l’Unesco, la FIJ a coordonné une formation à la sécurité pour les journalistes syriens à Damas. Reportage.
C’était presque trop calme. Dimanche 26 mars, dans une chaleur relative quand on vit au Moyen Orient, la capitale de la Syrie respire l’essence des véhicules embouteillés. Damas comme toutes ses voisines de la région.
Chacun a à l’esprit la réunion de Genève où s’enlise un dialogue difficile voire impossible entre les partisans de Bachar Al Assad et les rebelles.
Dès les premières rencontres avec des citoyens syriens, c’est toujours la même question qui revient : « Que pensez-vous vraiment de la Syrie? » Que leur répondre ? Quatre jours sur place n’autorise personne à avoir un avis tranché sur la question même si on s’intéresse à l’actualité internationale et notamment à celle du Proche et Moyen Orient. Partisans du régime ou opposants ? Chacun a ses raisons d’avoir choisi son camp. Ou pas. C’est un pays en guerre et en la matière, je m’abstiendrais de tout manichéisme qui consisterait à désigner de façon définitive les bons et les méchants, les héros et les traîtres.
Ma réponse se situe sur le terrain des Droits humains : la FIJ doit pouvoir aller partout dans le monde soutenir les journalistes, les syndicalistes qui défendent leur profession, la liberté d’expression et la liberté d’informer. Les journalistes sont-ils moins libres en Syrie que dans certains pays voisins du Golfe dont on n’entend pas ou peu parler ? Pas si sûr.
Ma réponse ne contente personne évidemment. Le pays a déjà commencé sa reconstruction, et la FIJ se devait être sur place et se doit de poursuivre son travail de réconciliation avec les journalistes syriens, ceux qui sont à l’extérieur de la Syrie, et dont un certain nombre sont organisés aujourd’hui dans une association dont les statuts sont déposés à Paris; et ceux qui ont choisi (ou pas) de rester dans leur pays, pour continuer leur travail de journaliste, de façon plus ou moins indépendante, c’est certain. Mais tous ont des griefs contre les opposants et il est certain qu’il faudra beaucoup de temps avant que les premiers pardonnent aux seconds. La FIJ a travaillé de longues années avant que les syndicats de l’ex-Yougoslavie puissent reparler, comme elle continue sa mission avec l’OSCE pour que nos affiliés russes et ukrainiens poursuivent leur dialogue.
« En Libye, Irak et Egypte »
En Syrie, la guerre laissera des cicatrices profondes. Ce journaliste se souvient encore de sa maison incendiée par des rebelles quelques semaines après le début du conflit en 2011 : « Ils disaient que j’étais un vendu alors que je faisais mon travail honnêtement !« .
Cette femme de ménage, aux mains usées par les produits d’entretien, regarde les larmes aux yeux sur son téléphone mobile les photos de ses deux jeunes frères abattus par les armes de l’Etat islamique : « Comment accepter que ces gens soient musulmans, comme ma famille ? J’ai décidé de ne plus croire en personne.« 
Ou ce paysan du Sud du pays, rencontré à Damas pour arrondir ses maigres fins de mois, qui se remémorent les insultes et les menaces des miliciens du pouvoir de Bachar Al Assad, assis au fond d’un taxi poussif : « Si je conteste, je sais que je vais avoir des ennuis. Que faire de plus ? Je n’ai pas d’argent pour partir. D’ailleurs, pour aller où ?« 
« Vous aurez compris que je ne suis pas un partisan du régime, reprend-il en nous faisant promettre de ne pas indiquer son prénom, mais qui voulez-vous mettre à la place de Bachar Al Assad aujourd’hui ? Notre pays est en guerre civile et est le théâtre d’une vraie guerre mondiale avec des interventions directes des Russes, des Turcs, de l’Iran, de l’Arabie Saoudite, sans parler des aides de certains pays européens. La Syrie est un noeud et tout le reste de la planète a un avis sur notre pays. Je ne veux pas quitter les miens et je souhaite reconstruire ma ville. Mais que les autres pays nous laissent tranquilles. C’est au peuple syrien et à lui seul de décider ce qui est bon pour la Syrie. Je sais que ce sera difficile, mais nous devons régler nos problèmes tout seuls. Regarder le résultat des interventions étrangères en Libye, en Irak ou en Egypte…« 
En Syrie comme ailleurs, à la fin, c’est toujours le peuple qui trinque.
A Damas,
Anthony Bellanger
(Photos © AB)
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24% des personnes lues, vues et entendues dans l’information sont des femmes

EDITO. MARS 2017.

Dans son rapport de 2015, Opens external link in new windowle Projet Mondial de Monitorage des médiasindique que les femmes ne représentent que 24% des personnes lues, vues et entendues dans l’information. Comment justifier ces chiffres dramatiques alors que les femmes représentent près de la moitié de la population mondiale et accèdent désormais à tous les échelons du pouvoir et de l’économie ? De nombreuses initiatives sont mises en place pour répondre à ce déficit telle que la base de données d’expertes dans le monde arabe lancée par MedMedia et dans laquelle la FIJ joue un rôle central.

La suite : ici.

Liban. 14 mois sans salaire !

Depuis des années, la crise de la presse touche tous les pays du monde. Mais au Liban, elle revêt un autre visage. Paroles de journalistes, en direct de Beyrouth.

Lorsqu’une entreprise connaît une crise, elle a plusieurs solutions : du plan d’économie au plan de licenciement. Dans la presse comme ailleurs. Au Liban, un pays qui n’est pas épargné par la crise des médias et par la raréfaction des actionnaires, les journaux et quelques autres médias audiovisuels ont trouvé une autre solution : ils ne paient plus leurs salariés, et notamment les journalistes… dont un grand nombre pourtant continuent à travailler. Depuis plus de 14 mois (!), deux grands quotidiens libanais notamment – An Nahar et Al Moustaqbal – ont recours à cette solution, au mépris du droit international. Une mission de la FIJ était organisée à Beyrouth du 14 au 18 janvier dernier. Ce fut l’occasion de rencontrer, d’écouter et de soutenir ces collègues.

« Un massacre »

« On paiera tous les arriérés de salaire le plus vite possible » promettent les directions, sans donner plus de garantie avec un calendrier clair et acceptable pour des familles qui doivent désormais trouver d’autres recours pour faire face à leur vie quotidienne. Les journalistes, que nous avons rencontrés à Beyrouth, gardent aujourd’hui une dignité dans le verbe et dans l’action et parlent pour quelques-uns d’entre eux à visage découvert. « Vous comprenez, on a attendu, on a fait confiance parce qu’on pensait que cela pouvait s’arranger, mais on se rend bien compte qu’on perd notre temps« , confie l’un d’eux, qui ne sait plus vraiment quel vent suivre.

« J’ai connu le grand-père, le fondateur du journal, puis le père et aujourd’hui la fille et je suis viscéralement attaché à ce titre, le plus grand quotidien libanais. Il est à l’origine de tellement d’avancées pour la démocratie de mon pays« , dit un autre. « Mais il faut bien admettre que nous assistons à un massacre, et je pèse mes mots, poursuit un troisième, rencontré le 16 janvier. Aujourd’hui, j’ai perdu confiance et nous avons maintenant besoin d’un syndicat fort, qui nous représente tous, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Je suis heureux que la FIJ soit au Liban pour rappeler le cadre international. Nous devons être payés pour notre travail. Ce n’est tout de même pas scandaleux ? »

« L’action de la FIJ est absolument nécessaire pour les journalistes du Liban, déclare une dernière. Vous avez rencontré une des grandes patronnes de la presse libanaise, des politiques et cela nous servira, j’en suis certaine. Soyons solidaires. »

« Les promesses… »

En l’absence de dialogue social réel depuis 14 mois (!) – affirmation que la direction du An Nahar rencontrée le 17 janvier nie en bloc – les journalistes sont aujourd’hui dans une sorte de purgatoire, sans issue de secours : ils ne sont ni licenciés, ni salariés et usent du système D. Ils cherchent et trouvent parfois un autre boulot. En attendant mieux. Ils restent malgré tout optimistes et espèrent faire mentir le vieil adage de Machiavel : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient« .

A.B.

 

 

Au Bahreïn, il est dangereux de défendre le journalisme de qualité

La journaliste Nazeeha Saeed, que la FIJ soutient depuis six mois, était convoquée ce lundi 16 janvier devant le Tribunal de Manama, au Bahreïn. Le jugement est attendu le 28 février.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ), première organisation mondiale de la profession, dénonce une fois encore les pressions et les attaques que subies Nazeeha Saeed, correspondante au Bahreïn de France 24 et Monte Carlo Doualiya (France Médias Monde).

Elle est convoquée ce lundi 16 janvier 2017 devant le Tribunal de Manama (Bahreïn) pour “usurpation de la qualité de correspondant à l’étranger pour travail sans autorisation”, ce qui est à la fois faux et abjecte pour cette collègue qui a toutes les autorisations depuis 12 ans. Le jugement est désormais attendu pour le 28 février.

Alors qu’elle remplissait sa mission d’information en 2011, Nazeeha Saeed avait déjà été arrêtée, torturée et emprisonnée par le pouvoir.

Atteinte grave à la liberté d’expression

« De plusieurs mois, la FIJ et ses affiliés français soutiennent moralement et financièrement Nazeeha Saeed », affirme Anthony Bellanger, le Secrétaire général de la FIJ, « en multipliant les contacts avec sa direction française, France Médias Monde, pour qu’elle lui fournisse du travail à Paris, ce qui est le minimum pour un employeur; mais aussi avec le ministère des Affaires étrangères français au Quai d’Orsay, qui doit faire tout ce qui est en son pouvoir via les voies diplomatiques pour que le cauchemar de Nazeeha Saeed s’arrête enfin ».

« Nous savons aujourd’hui que si elle est renvoyée dans son pays, elle est en grand danger. Et cette convocation devant les juges ce 16 janvier est la première étape pour la faire taire ! S’attaquer à Nazeeha Saeed, c’est s’attaquer à la liberté d’expression et à la liberté d’informer », poursuit le Secrétaire général.

Au Barheïn, il n’est pas bon de porter le drapeau du journalisme de qualité.


bahrain

La journaliste bahreïni Nazeeha Saeed et le Secrétaire général de la FIJ, Anthony Bellanger, au siège de la FIJ à Bruxelles en septembre 2016. © EO / IFJ

Réseaux sociaux…

On s’interroge à juste titre depuis des années sur la place des réseaux sociaux dans le journalisme. Alors que les patrons de presse ont pensé pendant des années récolter les fruits prétendus juteux de ces nouveaux supports, les médias sociaux ne rapportent économiquement rien ou presque et pourtant ils sont un passage obligé pour les médias pour exister sur la toile et ailleurs.

Aucun média, aucun journaliste aujourd’hui ne peut objectivement s’en passer à tel point que le premier canal d’information pour les internautes aujourd’hui est devenu… Facebook (!). Double danger pour les citoyens pour lesquels le droit d’être bien informés est un droit fondamental : l’information de qualité peut ainsi côtoyer la rumeur sans aucune hiérarchie.

Finalement, Facebook est devenu en quelques années lui-même l’éditeur en choisissant l’information qu’il accepte de publier. La photo de 1972, représentant une petite fille vietnamienne nue et brulée au napalm courant vers l’objectif du photographe Nick Ut Cong Huynh, d’Associated Press, en est l’exemple flagrant. Facebook l’a tout simplement censurée avant finalement de rebrousser chemin… après la pression citoyenne et celle de la profession bien sûr.

Il n’est jamais superflu de rappeler les principes qui gouvernent notre profession: recherche de la vérité et indépendance. Ils sont inscrits dans le Opens external link in new windowCode de principes de la FIJ sur la conduite des journalistes. Relisons-les et offrons à chaque état le quatrième pouvoir que toute démocratie mérite.

Bonne année 2017 à toutes et à tous.

A.B.

La suite du bulletin mondial de la FIJ : http://us6.campaign-archive1.com/?u=312d2086b1b5654e5e6957dd9&id=f60427fc5f

Quand le Népal accueille la FIJ

Près de l’aéroport de Katmandou, la FNJ – Federation of Nepali Journalists – qui regroupe environ 12.000 membres au Népal, me recevait ce lundi 20 novembre dans ses nouveaux locaux sur trois niveaux, vastes et clairs, près du Press Club. Malgré les difficultés que les journalistes rencontrent tous les jours – 21 journalistes ont été tués dans ce pays entre 1990 et 2015 – la FNJ joue son rôle de syndicat protecteur de la profession, en proie à des violences récurrentes.

L’accueil fut excellent et les journées de travail cette semaine avec les affiliés de l’Asie-Pacifique s’annoncent denses mais nécessaires. 

AB

Dublin : la liberté d’expression comme pilier !


Presque deux ans après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, en plein cœur de Paris, le 7 janvier 2015, les ambassades de France et d’Allemagne avec le Goethe Institut de Dublin ont organisé jeudi 17 novembre une réunion publique sur la liberté d’expression avec la FIJ comme invitée et le vice-président du syndicat allemand, Wolfgang Grebehof. 

L’occasion pour moi de présenter la FIJ, ses principales missions et actions dans le monde et surtout ses besoins. 

La fin de l’année approchant, l’heure des premiers bilans sur le nombre de journalistes tués a aussi fait l’objet de la plus grande attention du public venu nombreux ce jeudi soir dans les locaux de la représentation en Irlande de la Commission  européenne.

Vendredi matin, un atelier spécial était organisé avec une quinzaine de jeunes étudiants en journalisme sur le décryptage des journaux français, irlandais et allemands. 

Tout le monde s’est promis une deuxième séance en 2017. Pourquoi pas pendant le mois de la francophonie en mars ?

A.B.